Utilisé depuis des siècles par les peuples khoïkhoï et san d’Afrique du Sud, le kanna est bien plus qu’un simple « boost » d’humeur moderne. C’est une plante culturellement importante, liée aux cérémonies, aux voyages, au soulagement du stress et à la cohésion sociale. Comprendre le kanna, c’est comprendre à la fois ses racines ethnobotaniques et les façons respectueuses dont cette plante a été préparée et partagée de génération en génération.
Qu’est-ce que le kanna (Sceletium tortuosum) et d’où vient-il ?
Le kanna (Sceletium tortuosum) est une petite plante succulente originaire des régions arides d’Afrique du Sud, notamment le Karoo et le Namaqualand. Traditionnellement connu sous le nom de kanna ou kougoed (« à mâcher »), il fait partie des modes de vie autochtones depuis des centaines d’années.1
Sa réputation de plante relaxante et apaisante vient en grande partie de ses alcaloïdes de type mesembrine, que la pharmacologie moderne associe à des voies liées à la sérotonine et à l’activité de la phosphodiestérase 4 (PDE4).
Le kanna est-il un narcotique ? Historiquement, des auteurs coloniaux ont décrit de nombreuses plantes autochtones avec des étiquettes vagues comme « narcotique », mais le kanna ne correspond pas aujourd’hui aux classifications des drogues narcotiques.2 La pharmacologie moderne le reconnaît plutôt comme une plante psychoactive aux propriétés relaxantes, et non comme un dépresseur ou un opiacé.3
Est-ce que le kanna fait planer ?
Le kanna ne provoque généralement ni hallucinations ni « high » au sens récréatif du terme. Les récits ethnographiques le décrivent comme ancrant, stimulant ou capable de détendre les tensions sociales, avec des effets qui varient d’une personne à l’autre. Des études modernes en imagerie montrent que des extraits pourraient réduire la réactivité de l’amygdale liée au traitement du stress, un effet assez différent des substances qui provoquent une intoxication.4
Quels sont les usages traditionnels du kanna chez les peuples autochtones ?
Pour les communautés khoïkhoï et san, le kanna faisait partie du quotidien, des cérémonies et des voyages. Son histoire documentée remonte aux premiers écrits coloniaux des années 1660, même si son usage est sans aucun doute plus ancien.5
Le contexte culturel khoïkhoï et san
Les récits ethnobotaniques décrivent plusieurs thèmes récurrents :
- Liens sociaux : le kanna était utilisé lors de rassemblements communautaires pour faciliter les échanges et favoriser la détente.
- Stress et stabilité émotionnelle : chasseurs et voyageurs l’utilisaient pour rester concentrés et réduire la peur.
- Réduction de la faim et de la soif : utile lors de longs trajets à travers des terrains difficiles.
- Usage cérémoniel : souvent partagé lors de rituels de groupe ou de rites de passage.
Comment le kanna était-il consommé ou préparé historiquement ?
Les préparations traditionnelles variaient selon l’objectif et la communauté. La méthode la plus connue est le kougoed, un produit fermenté censé adoucir l’amertume et modifier le profil des alcaloïdes.6
Mastication
La plante séchée ou fermentée était mâchée pour des effets réguliers et durables sur l’humeur. Le jus était avalé, et les restes fibreux étaient parfois gardés dans la joue.
Fermentation (Kougoed)
La plante fraîche était écrasée, scellée, puis laissée à fermenter avant d’être séchée. La littérature relayée par le SANBI indique que la fermentation pourrait réduire la teneur en oxalates et améliorer la palatabilité.
Prise en sniff
Le kanna finement réduit en poudre était inhalé pour un début d’effets plus rapide. Cette pratique variait fortement selon les groupes.
Fumer
Les feuilles et les tiges de kanna étaient parfois fumées seules ou mélangées à d’autres plantes, offrant une expérience plus courte et plus immédiate.
Infusions
Faire infuser la matière séchée donnait une préparation plus douce, adaptée à des effets plus doux et plus lents.
Comment le kanna agit-il sur le cerveau et le bien-être mental ?
Les effets du kanna proviennent de plusieurs alcaloïdes qui interagissent avec les voies liées à l’humeur et au stress. La pharmacologie moderne met en avant deux mécanismes majeurs :
- Inhibition de la recapture de la sérotonine (SRI), associée à une amélioration de l’humeur et à une baisse de la tension
- Inhibition de la PDE4, potentiellement liée à la flexibilité cognitive et au traitement des émotions
Des études chez l’humain montrent des diminutions possibles des marqueurs d’anxiété et de la réactivité de l’amygdale, tandis qu’une revue systématique de 2023 a trouvé des preuves préliminaires d’une modulation de l’humeur et du stress. Cependant, les tailles d’échantillon restent faibles, et les résultats doivent être interprétés avec prudence.7
Traditionnellement, les effets n’étaient pas décrits en termes biochimiques, mais comme des expériences vécues : relaxation, concentration, aisance sociale et résilience lors d’épreuves physiques.
Le kanna dans un contexte moderne
Le kanna a réémergé dans le monde entier comme ingrédient naturel orienté bien-être. Contrairement au kougoed traditionnel, les extraits modernes sont souvent standardisés sur des alcaloïdes spécifiques, ce qui peut rendre l’expérience un peu différente des préparations historiques.
L’intérêt actuel se concentre sur :
- Modulation de l’humeur et du stress
- Aisance sociale
- Clarté cognitive
- Diminution de l’appétit et de la tension (observations traditionnelles)
Une discussion réfléchie sur l’approvisionnement éthique est également essentielle. Les cadres de partage des bénéfices restent un sujet central de débat, notamment au regard d’inquiétudes passées liées à la biopiraterie.9
Le kanna est-il utilisé dans les compléments à base de plantes ou les produits bien-être modernes ?
Oui. Le kanna existe aujourd’hui sous différentes formes, notamment en gélules, en teintures, en infusions, en produits à mâcher et en extraits en poudre. Ces produits diffèrent nettement des préparations fermentées traditionnelles, et leurs effets peuvent varier. Si vous choisissez d’explorer des compléments modernes à base de kanna, privilégiez un approvisionnement transparent et des analyses par des laboratoires tiers.
Le kanna est-il légal ?
Le statut légal varie fortement d’un endroit à l’autre. Cela dit, entre avril et novembre 2025, une tendance plus claire se dessine du côté des principales autorités réglementaires. Au Royaume-Uni, par exemple, les dernières mises à jour du Home Office ne listent pas le kanna dans le cadre du Misuse of Drugs Act. Aux États-Unis, il ne figure pas non plus dans les listes fédérales du Controlled Substances Act. Et au niveau international, les listes de stupéfiants et de substances psychotropes de l’ONU ne mentionnent pas Sceletium tortuosum.
Pris ensemble, cela signifie que le kanna n’est généralement pas considéré comme une substance contrôlée au niveau international ou national. Néanmoins, les règles locales concernant les importations, les classifications Novel Food ou la vente de plantes peuvent varier selon les pays. Il est donc toujours utile de vérifier la réglementation en vigueur là où vous vivez avant d’acheter ou d’utiliser la substance.
Voici un bref résumé :
- Royaume-Uni : non inscrit au Misuse of Drugs Act (selon la liste mise à jour des substances contrôlées du Home Office).8
- États-Unis : non classé dans le Controlled Substances Act (CSA) au niveau fédéral.10
- International (ONU) : non inscrit dans les listes de stupéfiants ou de substances psychotropes de l’ONU.11
Des réglementations locales, des règles Novel Food et des contrôles à l’importation peuvent tout de même s’appliquer, en particulier au sein de l’UE. Vérifiez toujours les lois régionales avant d’acheter ou d’utiliser du kanna.
Pourquoi le kanna est-il si populaire aujourd’hui ?
L’attrait du kanna vient de son mélange de tradition et de subtilité. Il offre :
- Une longue histoire d’usage culturellement important
- Un profil doux, comme le décrivent de nombreux utilisateurs
- Plusieurs méthodes de préparation
- Un intérêt scientifique croissant (mais encore précoce)
- Un pont entre l’ethnobotanique traditionnelle et le bien-être moderne
Si vous choisissez d’explorer le kanna, il vaut la peine de l’aborder avec la même attention et le même respect qui ont façonné son usage pendant des siècles. Cette plante occupe une place importante dans l’histoire culturelle des peuples khoïkhoï et san, et sa popularité actuelle découle de leur lien profond et ancien avec elle. Prendre un moment pour reconnaître cet héritage, puis utiliser le kanna de façon réfléchie, en quantités adaptées et en restant attentif à la manière dont votre corps réagit, aide à faire vivre cette tradition de façon respectueuse.
Extrait de kanna
ET2 Extract (1g)Que vous soyez attiré par le kanna pour ses qualités relaxantes, son histoire culturelle ou par simple curiosité, l’explorer avec pleine conscience peut rendre l’expérience plus riche, plus sûre et bien plus connectée à l’héritage dont il est issu.
Références
- Sceletium tortuosum | /RHS. Rhs.org.uk. Published 2025. Accessed December 15, 2025. https://www.rhs.org.uk/plants/210272/sceletium-tortuosum/details ↩︎
- Gericke N, Viljoen AM. Sceletium—A review update. Journal of Ethnopharmacology. 2008;119(3):653-663. doi:https://doi.org/10.1016/j.jep.2008.07.043 ↩︎
- Olatunji TL, Siebert F, Adetunji AE, et al. Sceletium tortuosum: A review on its phytochemistry, pharmacokinetics, biological, pre-clinical and clinical activities. Journal of Ethnopharmacology. Published online November 2021:114711. doi:https://doi.org/10.1016/j.jep.2021.114711 ↩︎
- Terburg D, Syal S, Rosenberger LA, et al. Acute Effects of Sceletium tortuosum (Zembrin), a Dual 5-HT Reuptake and PDE4 Inhibitor, in the Human Amygdala and its Connection to the Hypothalamus. Neuropsychopharmacology. 2013;38(13):2708-2716. doi:https://doi.org/10.1038/npp.2013.183 ↩︎
- SCELETIUM TORTUOSUM HERBA Definition. Accessed December 15, 2025. https://pza.sanbi.org/sites/default/files/info_library/scelettort.pdf ↩︎
- Chen W, Viljoen AM. To ferment or not to ferment Sceletium tortuosum – Do our ancestors hold the answer? South African Journal of Botany. 2019;122:543-546. doi:https://doi.org/10.1016/j.sajb.2018.10.011 ↩︎
- Gouhie FA, Rodrigues JPA, Vieira LF, Cunha CLN, Yuyama EK. Sceletium tortuosum effects on anxiety: A systematic review and meta-analysis. Brain Disorders. 2023;11:100092. doi:https://doi.org/10.1016/j.dscb.2023.100092 ↩︎
- Home Office. Controlled Drugs List. GOV.UK. Published May 26, 2016. https://www.gov.uk/government/publications/controlled-drugs-list--2 ↩︎
- Wynberg R. Biopiracy: Crying wolf or a lever for equity and conservation? Research Policy. 2023;52(2):104674. doi:https://doi.org/10.1016/j.respol.2022.104674 ↩︎
- Federal Register :: Request Access. unblock.federalregister.gov. https://www.ecfr.gov/current/title-21/chapter-II/part-1308 ↩︎
- Yellow list. www.incb.org. https://www.incb.org/incb/en/narcotic-drugs/Yellowlist/yellow-list.html ↩︎







